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La légende du cheval blanc (Légende Hongroise)

La légende du cheval blancQuand l’ambassadeur  Kusid, fils de Kond1 arriva dans la Bassin des Carpates où la terre était rendue fertile par le Danube, il apprécia le beau paysage et sa terre riche et féconde ainsi que les rives du fleuve très verdoyantes. Il se rendit immédiatement chez Svatopluk2, prince de la province. Il le salua au nom de son peuple et lui présenta le motif de sa venue en faisant l’éloge de sa belle et riche région. Svatopluk  s’en réjouit et pensa que Kusid et sa troupe étaient des paysans et qu’ils venaient pour cultiver la terre. Pour cette raison il se montra bienveillant à son égard, et il laissa partir l’ambassadeur.

Après avoir rempli une gourde avec de l’eau du Danube, et avoir mis dans sa besace de la terre et de l’herbe, Kusid retourna chez les siens qui furent très contents d’entendre tout ce qu’il leur raconta. Puis Kusid leur montra l’eau, la terre et l’herbe qu’il avait rapportées.

Ils humèrent  la terre et  ils furent convaincus qu’elle était excellente, l’eau était douce, et l’herbe était comme Kusid leur décrivait. Árpàd, le chef des sept tribus, en présence de tout le monde, remplit son cor de l’eau du Danube et demanda la grâce du Seigneur tout puissant pour que celui-ci leur cède définitivement cette terre fertile. Quand il termina son discours, les Hongrois crièrent trois fois: «Seigneur! Seigneur! Seigneur!» Les Hongrois gardent encore aujourd’hui cette habitude.

Ils décidèrent ensemble de renvoyer l’ambassadeur chez Svatopluk avec un beau cheval équipé d’une selle d’or et d’une bride en or en échange de la terre. Quand Svatopluk le vit, il fut encore plus heureux que lors de la première visite de l’ambassadeur car il pensait que ce cadeau venait de la part des nouveaux cultivateurs en échange de la terre. L’ambassadeur demanda donc de la terre, de l’herbe et de l’eau à Svatopluk qui lui répondit avec le sourire qu’il en prenne autant qu’il voulait.


L’ambassadeur retourna chez les siens. Entre-temps, Árpàd et les chefs des sept tribus, rentrèrent en Pannonie3 non pas en tant qu’invités mais comme ceux qui détenaient la terre par héritage. Ils envoyèrent un deuxième ambassadeur chez le Prince Svatoplouk avec le message suivant:

– Árpàd et son peuple te font dire que tu ne restes  plus sur la terre qu’ils t’ont achetée pour un cheval, l’herbe pour une bride et l’eau pour une selle. Puisque tu étais à la fois dans le besoin et cupide, tu leur as cédé la terre, l’herbe et l’eau.»

Quand Svatoplouk entendit le message, il répondit en souriant:

– Que l’on abatte le cheval avec un maillet, que l’on jette la bride au champ et la selle d’or dans le Danube.»

L’ambassadeur répondit ainsi:

– Qu’avons-nous à perdre avec cela? Si tu tues le cheval, tu donneras à manger à nos chiens, si tu jettes la bride dans l’herbe, nos faucheurs vont tomber sur la bride en or, si tu jettes la serre d’or, nos pêcheurs vont la retrouver et vont l’emporter chez eux. Donc si la terre, l’herbe et l’eau sont à nous, tout est à nous.»

En entendant ces paroles, le Prince mobilisa vite son armée. Ayant peur des Hongrois, il demanda de l’aide de ses amis. Quand les troupes se furent regroupées, ils allèrent voir les Hongrois qui arrivaient entre-temps au bord du Danube. A l’aube, sur un champ magnifique, la bataille éclata. Avec l’aide du Seigneur, les Hongrois mirent l’ennemi en déroute. Jusqu’au Danube les Hongrois poursuivirent Svatopluk qui, étant pris de peur, se jeta dans le fleuve et fut emporté par le courant rapide. Le Seigneur rendit ainsi aux Hongrois la Pannonie.


1 L’un des chefs de sept tribus des Magyars
2 Prince de Grande-Moravie (870-894)
3 La Pannonie est une ancienne région de l’Europe centrale située à l’emplacement de l’actuelle Hongrie, partiellement de la Croatie, de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Slovénie, de l’Autriche et de la Slovaquie

Le cheval vert du Tritt (Conte Suisse)

Entre les lacs de Zoug et de Lowerz, au pied du Righi et du Rossberg, il y avait autrefois une vallée presque aussi belle que le Paradis terrestre. 
C'était un pays ruisselant de lait et de miel ; une contrée où l'on trouvait, à profusion, crème, beurre et fromage. Un jour, un paysan dont la maison était située très haut, sur les flancs du Rossberg, descendit en courant dans la vallée et se rendit en hâte chez le curé d'Arth. Il avait à raconter quelque chose d'extraordinaire et il venait chercher aide et conseil. Le front ruisselant de sueur et hors 
d'haleine, il raconta qu'il habitait un lieu hanté de méchants esprits. « Oui, Monsieur le curé, poursuivit-il, non seulement de nuit, mais encore en plein jour, il se passe dans une crevasse de la montagne des faits étranges. Il semble que des forces diaboliques poussent devant elles une paroi de rocher et se préparent à la précipiter dans la vallée. Monsieur le curé, je vous en supplie, venez avec moi et chassez ces méchants esprits avant qu'ils n'aient causé un malheur irréparable.» 
Cependant que l'ecclésiastique essayait de calmer le paysan en lui parlant des montagnes qui demeurent éternelles, on entendit de violents coups de tonnerre, plus violents que tous ceux qui avaient éclaté jusqu'ici au cours d'un orage. Un épais nuage noir, qui semblait sortir du Rossberg, se précipita dans la vallée, pareil à une gigantesque avalanche. Frappé de stupeur et glacé d'effroi, le curé regardait ce spectacle effrayant par la fenêtre ouverte. Mais la jeune femme du paysan, elle, avait vécu sur la montagne des instants beaucoup plus tragiques encore. Presque morte de peur, elle s'était enfuie avec son bébé et, grâce à Dieu, au tout dernier moment, elle avait réussi à se réfugier sous un rocher en surplomb, hors de la zone d'éboulement.

Le cheval vert du Tritt

Et de là, elle avait vu avec épouvante tout un pan du Rossberg glisser, les pâturages, les arbres et les maisons s'effondrer, s'abattre et se mêler en un horrible chaos. Des rochers, gros comme des chalets, avaient été projetés dans l'air. La pauvre femme crut que le jour du jugement dernier était arrivé, et elle se mit à prier. Mais, à leur tour, les maisons de la vallée de Goldau disparurent en un clin d'œil, avec tout ce qui était vivant, hommes et bêtes. Et, en quelques minutes, la contrée entière fut transformée en un affreux désert de ruines.
Non seulement les gens d'Arth et de Schwyz, mais aussi ceux des cantons de Zoug, Lucerne et Zurich avaient entendu l'énorme bruit de tonnerre produit par la catastrophe. La tragique nouvelle se répandit dans tout le pays comme une traînée de poudre. 
Fait admirable, on vit, au pied de la montagne écroulée, les habitants de ces lieux si durement frappés, lever les yeux au ciel et supplier Dieu d'épargner les autres régions de la Suisse et de leur éviter un sort pareil au leur.
Derrière les deux Mythen, dans la haute vallée d'Einsiedeln, il existe également une montagne qui s'est entrouverte, et où les gens vont en pèlerinage pour se recueillir devant l'image miraculeuse de la Vierge noire. Les hauteurs qui se trouvent à quelque distance du lieu de pèlerinage s'appellent le Tritt. On raconte que les habitants qui ont leurs chalets tout près du Tritt, dans la forêt, auraient, après l'éboulement du Rossberg, supplié la sainte Vierge de prendre leur montagne sous sa protection. Un pauvre enfant, Kôbeli, aurait même prié avec une telle ferveur pour la verte montagne, que la Vierge l'aurait exaucé. Et voici ce que la grand-mère de Kôbeli, une vieille femme qui avait pour occupations de nourrir des volailles et de ramasser du bois mort, confia à son petit-fils : 

« Kôbeli, pense donc, alors que tu étais à l'église, j'ai assisté à un miracle! Une femme, montée sur un cheval blanc, est sortie du village et, à ce qui m'a semblé, a pris le chemin du Tritt. Et devant notre pauvre chalet, juste au pied de la montagne, elle fit halte et je vis qu'elle était très belle. Et maintenant écoute bien: par une fente du petit poulailler, j'aperçus le cheval qui se métamorphosait en un nuage blanc de neige et, sur lui, la merveilleuse dame qui voguait vers le Tritt. Je n'en croyais pas mes mauvais yeux et je pensais que je devais avoir eu une hallucination. Mais poussée par la curiosité, aussi vite que mes pauvres jambes et mon souffle court me le permettaient, je suis montée, moi aussi, vers le Tritt. Et sais-tu ce que j'ai vu, là-haut, au coucher du soleil, sur un pâturage? Notre-Dame elle-même, suivie d'une légion de petits anges, marcher en procession parmi les colchiques. Les petits anges, trottinant et voltigeant, portaient une gigantesque chaîne d'or qu'ils tendirent - et cela je l'ai vu de mes propres yeux - autour de la montagne entrouverte. »
L'enfant ajouta foi au récit de l'aïeule, mais les autres gens haussèrent les épaules et tinrent ces discours pour des radotages de vieille femme...
On ne peut pourtant pas nier que la fente de la montagne ne s'est jamais élargie et que, jusqu'à ce jour, on aperçoit sur le Tritt, au fond du val d'Einsiedeln, un pâturage vert qui a exactement la forme d'un cheval, lequel cheval se transforme, l'hiver, en une jument blanche.

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Le Cheval Gauvin (Légende de Franche Comté)

Le Cheval Gauvin

Le cheval Gauvin, cheval Gauvain, chevau Gauvin en patois jurassien ou tchevâ Gâvïn en franc-comtois est un cheval légendaire et maléfique propre à la région française de Franche-Comté et à la Suisse. Il est réputé se promener le long de cours d'eau, dans les forêts ou dans les cimetières, et tenter de tuer les personnes qui l'enfourchent en les noyant ou en les précipitant dans un gouffre. On trouve mention de ce cheval par Désiré Monnier dès 1854, où il aurait été vu près de Chamblay. Il raconte qu'une femme de Chamblay passa un jour près du cimetière du village pendant la nuit, là où apparaissait le cheval Gauvin :

« Cette femme, bien connue par son caractère aventureux et résolu, ayant vu paître cette belle bête qui ne lui paraissait appartenir à personne de sa connaissance, s'approcha d'elle, la flatta de la main, la trouva docile et gentille : elle pensa donc pouvoir l'enjamber pour l'amener à son écurie. Quand le cheval-fée la sentit sur son dos, il donna à sa cavalière une légère idée de son mérite, en faisant des évolutions sans nombre sur la plage voisine du port. Tout allait parfaitement; la chambléisienne était ravie de sa trouvaille; elle galopait sans secousse, elle volait comme avec des ailes, tant et si bien qu'elle s'oubliait dans ces délicieux exercices d'équitation. Jamais elle ne s'était vue si forte en ce genre. Tout à coup, par un brusque retour de fortune, son noble palefroi lui fit enfin comprendre qu'elle s'était mal à propos confiée à lui : le coursier s'élança dans la Loue, comme s'il voulait lui donner une dernière preuve de son talent; et, quand il fut arrivé au beau milieu de la rivière, il disparut sous elle et la laissa en conséquence tomber dans le courant le plus profond. Elle ne se sauva de cette noyade que d'une manière miraculeuse, qui n'a pas été racontée; mais on sait qu'elle mourut en 1836, et l'on est maintenant persuadé que c'est des suites de sa frayeur. »

Une autre légende, celle de Amaury III, Sire de Joux en parle :

Après de lointaines expéditions en Terre Sainte, il était revenu dans son château. C'était l'un des plus habiles cavaliers de son époque, à tel point qu'il avait réussi à dompter le cheval « Gauvain ». Il faisait souvent de longues promenades sur cette monture. Un jour, alors qu'il sortait du château, la herse coupa le corps de sa monture en deux en retombant. Amaury ne s'en aperçut pas et son coursier continua à galoper dans la campagne sur deux pieds. Arrivé à la gorge de la Combe, où jaillit une fontaine, l'animal très altéré s'arrêta pour boire. Au bout d'une demi-heure, Amaury, inquiet de voir que l'animal buvait toujours, sauta à terre. Tout à coup, il s'enfuit, effrayé en voyant que sa bête n'avait que deux pieds et que l'eau coulait par sa large blessure. Peu après, ses gens arrivèrent, mais ils ne trouvèrent plus le cheval ; une fée l'avait rendu invisible. Néanmoins, l'eau continue à couler de cette source : c'est aujourd'hui la Fontaine-Ronde, ou fontaine intermittente.

Les quatre fils Aymon et le cheval Bayard (Textes : Aurélie Garnier, TV5.ca ; Illustrations : Alexandra Myotte) Lien icon 1

LES QUATRE FILS AYMON ET LE CHEVAL BAYARD« Une partie d’échecs ! Jamais je n’aurais dû accepter de jouer avec ce sournois de Bertolais », pense Renaud alors que lui et ses trois frères galopent sur le dos du cheval Bayard.

Malgré sa charge, Bayard fonce aussi vite que le vent et franchit les rivières et les vallées d’un seul bon. La fuite se poursuit jusque dans les profondeurs de la forêt d’Ardennes. Les quatre fils du duc Aymon, Renaud, Allard, Guichard et Richard retrouvent leur cousin Maugis et lui racontent leur triste aventure.

– Nous venons de Paris. Charlemagne nous poursuit, raconte Renaud. L’Empereur m’avait enfin fait chevalier mais son neveu, jaloux, m’a provoqué lors d’une partie d’échecs. Nous nous sommes querellés, j’étais en colère et accidentellement, je l’ai tué. Sans Bayard, nous serions peut-être déjà pendus !

– Mes chers cousins, je n’ai jamais porté Charlemagne dans mon cœur, vous le savez. Vous pouvez compter sur mon aide, leur répond Maugis.

Les talents d’enchanteur de Maugis sont reconnus dans toute la région. Avec son aide précieuse, les frères Aymon bâtissent la forteresse de Montessor sur un rocher dominant la Meuse. Tous s’y réfugient.

Cette vie paisible dure plusieurs années, mais un jour, Charlemagne les retrouve. Déterminé à se venger, il manigance avec un jeune seigneur et parvient à se faire ouvrir les portes du château.

– Malheur, nous sommes trahis ! hurle Renaud en entendant les cris de ses hommes.

Avec force et courage, les frères combattent leurs ennemis, puis s’enfuient avec Maugis et Bayard par un passage souterrain vers la forêt.

– Mes cousins, ne soyez pas peinés. Servons des causes plus nobles que celle de notre fuite ! leur propose Maugis. J’ai entendu dire que le roi Yon de Gascogne est aux prises avec les Sarrasins. Voilà un combat digne de notre courage !

Convaincus, les frères chevauchent jusqu’en Gascogne où, avec l’aide du fantastique Bayard, ils accomplissent de véritables prouesses. À tel point que le roi Yon leur offre le château de Montauban pour les récompenser.

Mais le temps n’atténue pas le désir de vengeance de Charlemagne. Il parvient à piéger les fils Aymon en leur faisant miroiter la paix. Encerclés par les soldats de l’empereur, les quatre frères seraient morts si Bayard n’était pas intervenu à coup de sabots et de morsures.

Charlemagne est furieux.

– Qu’on assiège le château ! hurle-t-il à ses hommes.

Un siège terriblement long commence. Dans la forteresse, les habitants meurent de faim. Les frères doivent boire le sang de Bayard, la seule bête épargnée, pour ne pas périr. Mais alors que tout espoir semble perdu, Renaud découvre par miracle un souterrain qui leur permet de s’enfuir à nouveau.

Toutes ces années de poursuite et de combat pèsent sur les épaules des frères et des chevaliers de Charlemagne. Tant et si bien que l’Empereur accepte finalement de faire une offre de paix. Il cessera de poursuivre les fils Aymon à condition que le cheval Bayard lui soit livré et que Renaud parte en pèlerinage à Jérusalem.

À regret, Renaud accepte. La paix l’emporte sur son attachement au cheval. Il remet la monture au roi avant de partir tenir ses engagements.

– Ce cheval m’a causé assez de torts ! Attachez-lui une meule autour du cou et jetez-le dans la Meuse ! ordonne Charlemagne à ses hommes.

Bayard est jeté dans le fleuve et sombre dans ses profondeurs. Il se débat désespérément. D’un violent coup de sabot, il parvient enfin à fendre la meule et à regagner la rive pour s’enfuir dans la forêt d’Ardennes.

Encore aujourd’hui, on raconte que l’on peut apercevoir le fabuleux cheval et entendre les hennissements désespérés qu’il pousse de ne pouvoir retrouver ses maîtres.

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Complainte du petit cheval blanc (Paul FORT ; Illustrations : Lien icon 1)

Complainte du petit cheval blanc Le petit cheval dans le mauvais temps, qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.

Il n'y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage.
Il n'y avait jamais de printemps, ni derrière ni devant.

Mais toujours il était content, menant les gars du village,
A travers la pluie noire des champs, tous derrière et lui devant.

Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage.
C'est alors qu'il était content, eux derrière et lui devant.

Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu'il était si sage,
Il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant.

Il est mort sans voir le beau temps, qu'il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps ni derrière ni devant.

Complainte du cheval dans la mine (Jules Sottiaux)

Le Cheval dans la mineDans la fosse profonde, où le jour n'entre pas
Sous la morne clarté des lampes fantastiques
Les vieux chevaux usés, fourbus et rachitiques
Traînant les wagonnets, marchent à petits pas.

Tristes mais résignés, ils vont la tête basse
Dans leur cerveau voilé, cherchant un souvenir
Et dans leurs grands yeux vagues parfois il passe
Comme des visions qu'ils ne peuvent saisir

Ce sont des gais vallons inondés de lumière 
Où l'on marchait rapide et les naseaux fumants
Ce sont des près, des champs et des bosquets charmants
C'est la ferme rustique où riait la fermière

Et quand le vieux forçat succombe sous l'effort 
Pendant qu'autour de lui, on dit "regarde, il crève"
A sentir tous ses maux et finir avec la mort
Il croit qu'il s'en retourne au pays de ses rêves.

Prière du cheval

Né de l'écume de la mer (Légende Camarguaise)

Je te soumets, Maître, ma Prière

Nourris-moi, calme ma soif, et après la journée de travail donne moi une écurie propre et saine.

Parle moi la voix est plus efficace que le fouet, apprends-moi à travailler avec une bonne volonté et veille à me compendre sans me maltraiter.

Regarde si le fer ne blesse pas mon pied si je parais dédaigner le fourrage examine mes dents. Ne me coupe pas ma crinière ni ma queue car elles sont ma seule défense contre les mouches.

Mon cher Maître lorsque l'âge m'aura rendu faible ou invalide épargne moi la souffrance et juge-moi.

Enfin pardonne-moi de venir à toi avec cette humble prière au nom de celui qui est né lui aussi dans une étable.

Chevaux-CamargueLa légende veut que le cheval camargue soit  « né de l'écume de la mer ».

Cette légende raconte qu''un homme qui était poursuivi par un taureau  sur la plage des Saintes Maries de la Mer et n'eut pas d'autre choix que de se jeter à la mer.

Alors que les flots l'emportaient, il fut sauvé par un étalon qui sortit de l'écume et lui dit : « Je ne serai jamais ton esclave, mais ton ami ».

L'homme apprivoisa l'étalon durant trois jours et celui-ci devint à la fois son meilleur ami et le fondateur des chevaux camarguais.
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Le cheval noir (Légende Canadienne)

La légende du cheval noirS’il y a un personnage qu’on retrouve dans plusieurs légendes, d’un bout à l’autre du Canada, c’est bien le diable, qu’on appelle aussi Satan, le démon, ou parfois le Malin. C’est bien connu, le Malin peut prendre différentes formes pour s’approcher de nous, comme il l’a fait au Manitoba, au dix-neuvième siècle…

Monseigneur Taché avait entrepris, à cette époque, la construction d’une église à Saint-Boniface. Cette année-là, l’hiver était dur. Les travaux avançaient de peine et de misère. Les hommes étaient fatigués, le froid était mordant, le découragement se faisait sentir sur le chantier. 

Un beau matin, un cheval noir surgit à travers les flocons qui tombaient sur les ouvriers. Une bête superbe, haute sur pattes et solide, mais qui semblait trembler sous le froid mordant de l’hiver manitobain. Les hommes s’approchèrent du cheval pour le caresser. Nul ne savait d’où venait ce cheval. Il n’appartenait à personne des environs. Les ouvriers proposèrent de le nourrir et de l’héberger dans l’écurie du chantier. Monseigneur Taché accepta, mais à une condition : personne ne devait jamais, jamais enlever la bride de cette bête. En aucun cas. Pas même pour la laisser manger. Le cheval devait rester bridé. 

Bien à l’abri dans la chaleur de l’écurie, le cheval retrouva rapidement ses forces. On le fit travailler au chantier. Les hommes l’attelèrent à une charge assez lourde, mais comparable à celles que les autres bêtes travaillant à la construction de l’église pouvaient tirer. Le cheval noir fit tout le chemin avec sa charge comme si de rien n’était. Malgré l’effort, pas une goutte de sueur n’apparut sur sa robe lustrée. Le lendemain, on doubla sa charge. Le cheval la tira aussi facilement que la veille et travailla rudement toute la journée, sans manifester la moindre fatigue. Le jour suivant, on tripla le poids de la charge. Cet étalon ne ressemblait à aucun autre. Il était plus fort, plus résistant. Pour tout dire, il semblait infatigable. 

Les travaux avançaient tout à coup bien plus rapidement. Le moral remontait en flèche sur le chantier. Les hommes étaient reconnaissants envers cette bête qui leur facilitait la tâche. Tellement qu’un beau jour, l’un des ouvriers trouva que ce n’était pas convenable de traiter un cheval si utile de cette façon. Il décida de lui enlever sa bride pour lui offrir un peu de repos. Après tout, la brave bête l’avait amplement mérité. 

Eh bien ! À la seconde même où l’homme lui retira sa bride, le ciel s’obscurcit, le cheval se dressa sur ses pattes arrière, il poussa un hennissement terrible qui glaça le sang de tous ceux qui étaient présents et il disparut en un instant. Tous tremblaient sur le chantier. Monseigneur Taché comprit immédiatement que c’était le diable qui les avait approchés ainsi. 

On ne revit plus la fabuleuse bête dans les environs. Elle ne revint jamais terminer les travaux. Si vous passez par Saint-Boniface, vous remarquerez qu’il manque toujours une pierre en haut de l’un des murs de l’église qu’a fait construire monseigneur Taché. Grâce à cette pierre manquante, tous gardent en mémoire que le diable peut prendre bien des formes, et les paroissiens se souviennent avec fierté qu’un jour, ils ont réussi à faire travailler le diable pour la cause de Dieu. 

Mais n’allez pas croire que le Malin a renoncé à s’approcher des hommes après avoir quitté Saint-Boniface… Parlez-en aux gens de Trois-Pistoles, de L'Islet ou de l’île d’Orléans, au Québec; ils vous raconteront qu’on a aussi vu ce cheval rôder par chez eux. Si un jour vous croisez une bête noire, forte et infatigable, restez donc sur vos gardes. On ne sait jamais à qui on a affaire.

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Cheval dans une île (Jacques Prévert)

Il mange un peu d'herbe ; derrière lui, il y a un bateau ; c'est le bateau sur lequel le cheval est venu, c'est le bateau sur lequel il va repartir.

Ce n'est pas un cheval solitaire, il aime beaucoup la compagnie des autres chevaux; tout seul, il s'ennuie, il voudrait faire quelque chose, être utile aux autres. Douze continuent à manger de l'herbe et pendant qu'ils mangent, il pense à son grand projet.

Son grand projet, c'est de retourner chez les chevaux pour leur dire :

− Il faut que cela change. Et les chevaux demanderont :

− Qu'est-ce qui doit changer ? Et lui, il répondra :

− C'est notre vie qui doit changer, elle est trop misérable, nous sommes trop malheureux, cela ne peut pas durer.

Mais les plus gros chevaux, les mieux nourris, ceux qui traînent les corbillards des grands de ce monde, les carrosses des rois et qui portent sur la tête un grand chapeau de paille de riz, voudront l'empêcher de parler et lui diront :

− De quoi te plains-tu, cheval, n'es-tu pas la plus noble conquête de l'homme ? Et ils se moqueront de lui.

Alors tous les autres chevaux, les pauvres traîneurs de camion n'oseront pas donner leur avis.

Mais lui, le cheval qui réfléchit dans l'île, il élèvera la voix :

− S'il est vrai que je suis la plus noble conquête de l'homme, je ne veux pas être en reste avec lui.

− L'homme nous a comblés de cadeaux, mais l'homme a été trop généreux avec nous, l'homme nous a donné le fouet, l'homme nous a donné la cravache, les éperons, les œillères, les brancards, il nous a mis du fer dans la bouche et du fer sous les pieds, c'était froid, mais il nous a marqués au fer rouge pour nous réchauffer...

− Pour moi, c'est fini, il peut reprendre ses bijoux, qu'en pensez-vous ? Et pourquoi a-t-il écrit sérieusement et en grosses lettres sur les murs... sur les murs de ses écuries, sur les murs de ses casernes de cavalerie, sur les murs de ses abattoirs, de ses hippodromes et de ses boucheries hippophagiques : «Soyez bons pour les animaux» ?

− Avouez tout de même que c'est se moquer du monde des chevaux.

Cheval dans une île

Alors, tous les autres pauvres chevaux commenceront à comprendre et tous ensemble ils s'en iront trouver les hommes et ils leurs parleront très fort :

... LES CHEVAUX :

− Messieurs, nous voulons bien traîner vos voitures, vos charrues, faire vos courses et tout le travail, mais reconnaissons que c'est un service que nous vous rendons : il faut nous en rendre aussi.

− Souvent, vous nous mangez quand nous sommes morts, il n'y a rien à dire là-dessus, si vous aimez ça ; c'est comme pour le petit déjeuner du matin, il y en a qui prennent de l'avoine au café au lit, d'autres de l'avoine au chocolat, chacun ses goûts ; mais souvent aussi vous nous frappez : cela, ça ne doit plus se reproduire.

− De plus, nous voulons de l'avoine tous les jours ; de l'eau fraîche tous les jours et puis des vacances et qu'on nous respecte, nous sommes des chevaux, on n'est pas des bœufs.

− Le premier qui nous tape dessus, on le mord. Le deuxième qui nous tape dessus, on le tue. Voilà ! Et les hommes comprendront qu'ils ont été un peu fort, ils deviendront plus raisonnables.

Il rit, le cheval, en pensant à toutes ces choses qui arriveront sûrement un jour.

Il a envie de chanter, mais il est tout seul, et il n'aime que chanter en chœur; alors il crie tout de même :

«Vive la liberté !»

Dans d'autres îles, d'autres chevaux l'entendent et ils crient à leur tour de toutes leurs forces :

«Vive la liberté !».

Tous les hommes des îles et ceux du continent entendent des cris et se demandent ce que c'est, puis ils se rassurent et disent en haussant les épaules :

«Ce n'est rien, c'est des chevaux.»

Mais ils ne se doutent pas de ce que les chevaux leur préparent.

Chevaux de mes rêves (Dick Annegarn)

Le cheval mort (Sandra)

Je marche au pas dans la forêt
Les feuilles frémissent sous mes sabots 
Je marche au petit trot et je m'approche 
De la prairie où je pais
Tu lèves la tête, tu tournes les yeux 
Tu me regardes et je vois tes yeux

Belle, tu es belle, jument de mes rêves 
Et beau, je suis beau, le plus beau des chevaux

Prés de moi, distante pourtant 
Je te vois et te sens 
Te regarde, tes yeux précieux 
Précieux, précieux si prés de moi

J'aime, oui que j'aime cette jument de mes rêves
Et je songe, oui je songe que tu défies tous mes rêves

Tu me surélevés
Tu me rends plus beau
Plus beau qu'un puceau
J'aime, oui j'aime aimer

Un étalon et une jument 
Tendrement jumelés
Attendri, je suis parti 
Moi-même pris dans mon poème

Blême, je suis blême comme tous les faux dieux 
Mais je veux, oui je veux cet amour de chevaux 
Trop beau

Chanson du double album « De ce spectacle ici sur terre »

Pendant que je suis bien

au chaud chez moi

quelque part un cheval a

le cœur plein d'effrois.

Pendant que je regarde la télé

quelque part on entend

le cri d'un cheval blessé

Pendant que je prend un 

bain bien chaud

quelque part un cheval

part au couteau.

Pendant que je prend

un bon dîner

quelque part un cheval est

en train d'agoniser.

Pendant que je m'endort

quelque part un cheval

est mort.

Histoire du cheval (Jacques Prévert)

Braves gens écoutez ma complainte 
écoutez l'histoire de ma vie 
c'est un orphelin qui vous parle 
qui vous raconte ses petits ennuis

hue donc...

Un jour un général 
ou bien c'était une nuit 
un général eut don de deux chevaux tués sous lui 
ces deux chevaux c'étaient

hue donc...

que la vie est amère 
c'étaient mon pauvre père 
et puis ma pauvre mère 
qui s'étaient cachés sous le lit
sous le lit du général qui
qui s'était caché à l'arrière
dans une petite ville du Midi.

Le général parlait 
parlait tout seul la nuit 
parlait en général de ses petits ennuis 
et c'est comme ça que mon père 
et c'est comme ça que ma mère

hue donc...

une nuit sont morts d'ennui.

Pour moi la vie de famille était déjà finie 
sortant de la table de nuit 
au grand galop je m'enfuis 
je m'enfuis vers la grande ville 
où tout brille et tout luit 
en moto j'arrive à Sabi en Paro 
excusez-moi je parle cheval

un matin j'arrive à Paris en sabots 
je demande à voir le lion 
le roi des animaux 
je reçois un coup de brancard 
sur le coin du naseau 
car il y avait la guerre 
la guerre qui continuait 
on me colle des œillères

me v'là mobilisé 
et comme il y avait la guerre 
la guerre qui continuait 
la vie devenait chère 
les vivres diminuaient 
et plus ils diminuaient 
plus les gens me regardaient 
avec un drôle de regard 
et les dents qui claquaient

ils m'appelaient beefsteak 
je croyais que c'était de l'anglais

hue donc...

tous ceux qu'étaient vivants 
et qui me caressaient 
attendaient que j' sois mort 
pour pouvoir me bouffer.

Une nuit dans l'écurie 
une nuit où je dormais 
j'entends un drôle de bruit 
une voix que je connais 
c'était le vieux général 
le vieux général qui revenait 
qui revenait comme un revenant 
avec un vieux commandant 
et ils croyaient que je dormais 
et ils parlaient très doucement.

« Assez assez de riz à l'eau 
nous voulons manger de l'animaux 
y a qu'à lui mettre dans son avoine 
des aiguilles de phono ».

Alors mon sang ne fit qu'un tour 
comme un tour de chevaux de bois 
et sortant de l'écurie 
je m'enfuis dans les bois.

Maintenant la guerre est finie 
et le vieux général est mort 
est mort dans son lit 
mort de sa belle mort 
mais moi je suis vivant et c'est le principal 

Bonsoir 
Bonne nuit 
Bon appétit mon général.

Place du carrousel (Jacques Prévert)

Place du Carrousel
vers la fin d'un beau jour d'été
le sang d'un cheval accidenté
et dételé
ruisselait
sur le pavé

Et le cheval était là
debout
immobile
sur trois pieds

Et l'autre pied blessé
blessé et arraché
pendait

Tout à côté
debout
immobile
il y avait aussi le cocher
et puis la voiture elle aussi immobile
inutile comme une horloge cassée

Et le cheval se taisait
le cheval ne se plaignait pas
le cheval ne hennissait pas
il était là
il attendait
et il était si beau si triste si simple
et si raisonnable
qu'il n'était pas possible de retenir ses larmes.

Oh
jardine perdus
fontaines oubliées
prairies ensoleillées

oh douleur
splendeur et mystère de l'adversité
sang et lueurs
beauté frappée

Fraternité.

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